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De la Renaissance au temps des Révolutions, l'Europe apparaît d'abord comme le champ de guerres incessantes qui permettent aux États (souvent incarnés par des princes) de s'affirmer. Cette réalité dramatique conduit l'Europe à inventer la diplomatie - le mot ne s'impose qu'à la fin du XVIIIe siècle - en perfectionnant et en rationalisant l'art de la négociation. Aussi, à partir du XIVe siècle, l'Europe adopte-t-elle des règles en matière diplomatique qui s'imposent peu à peu à tous les États. Parallèlement, s'élabore une réflexion politique sur la manière de prévenir les conflits et d'y mettre fin. Cet ouvrage montre que la recherche de la paix marque la vie de l'Europe, tout autant, et peut-être plus, que l'art de la guerre, et qu'elle donne naissance à un monde original et coloré d'ambassadeurs, d'agents et d'informateurs. Si aucune instance supranationale ne se crée avant le XXe siècle, l'action diplomatique offre néanmoins un arsenal d'idées pour soutenir la négociation, transformer les rivalités entre les rois et dynamiser l'Europe. Des méthodes, des structures et des lois favorisent le dialogue entre les souverains : des départements ministériels spécialisés se créent, des immunités s'élaborent pour protéger les négociateurs, des ambassades permanentes s'établissent, des pratiques de plus en plus savantes se forgent, un cérémonial impressionnant se fixe. Des penseurs s'efforcent aussi de trouver les moyens d'assurer la paix perpétuelle par une construction d'organisations internationales. Enfin, de larges congrès de paix, ainsi ceux de Westphalie et d'Utrecht, permettent de remodeler la carte politique après de longs conflits. On trouve donc dans cette synthèse remarquable une réflexion sur l'art de la paix, élaboré dans le monde singulier des diplomates, abordé ici sur trois siècles et considéré comme une dynamique de l'Europe et comme une part essentielle de son identité. En suivant cette genèse, ce livre offre des clefs pour mieux connaître la diplomatie dont nous avons besoin aujourd'hui.
L’époque : la guerre froide.
Le lieu : Cuba, La Havane, donde "hace demasiado calor " (mais où, pour peu qu’on sache où se placer "hay mucho corriente") à la fin du règne du dictateur Fulgencio Batista avec sa chaleur donc, ses… bordels, ses "théâtres" érotiques, ses tripots, ses personnages (on pense au Tanger du "Festin Nu" de William Burroughs, qui se déroule d’ailleurs vers la même époque) ,
Les personnages, justement :
- un sujet de sa majesté britannique, marchand d’aspirateurs "à suceur à rotule à double action" (qui a du mal à vendre le nouveau modèle "Atomic", certaines clientes s’inquiétant de leur radioactivité), agent des Services secrets britanniques malgré lui,
- sa très pieuse, très dispendieuse et très ravissante fille de 17 ans (son père est averti de son retour de l’école par "des coups de sifflets, non des sirènes" de ses admirateurs le long du chemin), qui plaît un peu trop au
- chef de la police locale, surnommé le "Vautour rouge" et qui possède un porte-cigarettes en peau humaine,
- un brave docteur (mais est-il bien docteur ?), ancien du régiment des "uhlans" du kaiser qui fait des expériences inutiles, mais, après tout, "Flemming a découvert la pénicilline par un de ces hasards qui favorisent les yeux inspirés",
- des agents doubles qui ne le sont pas vraiment (ou bien le sont-ils peut-être ?) mais qui restent malgré tout humains, trop humains,
- des mendiants aveugles qui sont mendiants mais pas si aveugles que ça,
L’espionnage n’est pas la tasse de thé de notre marchand d’aspirateurs : aussi se contente-t-il de transmettre à ses chefs des informations les plus fantaisistes (il leur fait croire, entre autres, que les plans d'un aspirateur qu’il leur communique sont ceux d'une mystérieuse arme qui ravale la bombe atomique au rang de la sarbacane).
Pourtant, son imagination finit par créer la réalité, pour le malheur de certains…
Vous vous en doutez, ce "roman d’espionnage" est plein d’humour et de tendresse humaine.
Graham Greene qualifiait lui-même son roman de "conte de fées" moderne : c’est vrai et voila qui dit en quelques mots ce que je viens d'essayer laborieusement de vous expliquer en plusieurs lignes.
Mais un conte de fées, toutefois, qui a la dent dure et dont la philosophie, peu "politiquement correcte" à l’époque est fort bien résumée dans l’épilogue.
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Le ciel était gris de nuages
Il y volait des oies sauvages
Qui criaient la mort au passage
Au-dessus des maisons des quais
Je les voyais par la fenêtre
Leur chant triste entrait dans mon être
Et je croyais y reconnaître
Du Rainer Maria Rilke.
Richard Powers dans la chambre aux échos, un grand roman américain, rappelle lui aussi le lien entre les grues et Rilke, sans que j'aie pu retrouver la référence. Les grues, c'est le drame écologique, la surexploitation de la nature, le tourisme prédateur, mais c'est c'est aussi l'éclatement du moi, le mystère de l'unité de conscience et l'éclatement des aires et des fonctions du cerveau, que l'écrivain semble avoir puisé dans l'homme neuronal de Jean-Pierre Changeux.
On y voit un psychiatre qui a fait sa fortune médiatique avec des best-sellers racontant des cas mettant en valeur, à travers leur étrangeté, le fonctionnement du cerveau. On peut penser à Oliver Sacks, et "l'homme qui prenait sa femme pour un chapeau". Il se rend compte qu'il ne peut rien pour l'homme qui a perdu la mémoire de ses êtres chers, et cette impuissance le pousse à remettre en question sa vie.
Le héros a perdu la mémoire particulière des êtres les plus proches, par déconnexion entre son intelligence et son émotion, il ne ressent plus les émotions qui lui feraient ressentir comme proches les proches, ils lui apparaissent comme d'étonnants sosies.
Il y a ceux qui ont perdu le passé et ceux qui le dissimulent, qui jouent un autre rôle que le leur.
C'est un livre profond, sur l'identité, sur l'esprit, sur notre conscience qui n'est qu'une illusion d'unité.
C'est aussi un livre politique sur l'Amérique, la guerre d'Irak est un fond sombre, la question de la sécurité sociale une injustice lancinante.
J'ai toujours eu un faible pour les biographies, parce qu'elles rendaient sensible l'histoire du point de vue d'un homme, et permettaient en suivant un parcours de relater une époque.
Arnaud Teyssier a écrit une très bonne biographie du maréchal Lyautey, qui a été le résident général au Maroc. Inspiré par Gallieni, il a mis en oeuvre une politique coloniale de gouvernement indirect (le protectorat), et de colonisation dite "en tache d'huile".Pour lui était stratégique la connaissance du terrain humain, le respect des peuples, connaissance qui a tant manqué aux américains en Irak, qu'ils ont fini par travailler pour le "roi de Prusse" (l'Iran). Lyautey, c'est notre Lawrence d'arabie, avec la même part d'ombre, que le biographe s'attache à expliquer, parce qu'on la retrouve chez tous les aventuriers de cette époque.
Je me suis intéressé aux livres sur la colonisation, parce que, comme Vichy, c'est une période difficile à aborder, et que le difficile est le plus passionnant. Quand j'étais enfant, on sautait dans les livres d'histoire de primaire, les pages consacrées à la colonisation, et ces "blancs" de l'histoire qui semblaient haut en couleur, m'ont toujours paru mystérieux. On en montrait l'image, mais on n'en parlait pas.
C''est cette absence de notre histoire scolaire que je me suis attaché à combler par toutes ces lectures.
Ce livre est un impressionnant portrait d'une époque, où l'on apprend beaucoup sur la colonisation, la première guerre mondiale, la séparation de l'église et de l'Etat, l'affaire Dreyfuss, ce qui a nécessité une érudition impressionnante. A travers Liautey, nous parcourons tous ces évènements auxquels il a participé.
Arnaud Teyssier est un énarque et président de l'association des anciens élèves, un défenseur du "temple", très défavorable à la suppression du classement de sortie qui lui parait constituer une atteinte à l'élitisme, et surtout à l'objectivité.
Diane Kurys avait traité de Pavese dans "un homme amoureux" en 1985. Un beau film avec Greta Scacchi, une grande star éphémère, oublié. Mais ce poème de Pavese continuera de toucher ceux qui le liront.
La mort viendra et elle aura tes yeux -
cette mort qui est notre compagne
du matin jusqu’au soir, sans sommeil,
sourde, comme un vieux remords
ou un vice absurde. Tes yeux
seront une vaine parole,
un cri réprimé, un silence.
Ainsi les vois-tu le matin
quand sur toi seule tu te penches
au miroir. O chère espérance,
ce jour-là nous saurons nous aussi
que tu es la vie et que tu es le néant.
La mort a pour tous un regard.
La mort viendra et elle aura tes yeux.
Ce sera comme cesser un vice,
comme voir resurgir
au miroir un visage défunt,
comme écouter des lèvres closes.
Nous descendrons dans le gouffre muets.
Le Tigre blanc est une rareté et une anomalie de la nature.
Balram Halwai est surnommé « le tigre blanc » parce qu’il est une erreur dans la jungle qu’est la société indienne d'aujourd’hui. Lorsqu’il réussit à obtenir un emploi de chauffeur chez un riche indien de New Delhi, Balram n’envoit pas l’argent qu’il gagne à sa famille. Balram va observer les « ventres gras » et les « ventres creux » qui forment les deux mondes de l’Inde.
Et c’est dans une lettre écrite au premier ministre de la Chine (« nation éprise de liberté… !») qu’il raconte les 7 nuits qui vont le conduire à un acte irrémédiable, seule façon, selon lui, de ne pas devenir un des laissés-pour-compte de la Shining India du XXIème siècle.
Il va basculer dans le vol, le meurtre et…. La création d’entreprise !
C’est un roman qui nous conte l’Inde des castes, des taudis, des affamés et des riches mais aussi l’Inde des opportunistes et des corrompus. C'est un roman qui nous rappelle que 40% de la population indienne de plus de 15 ans est illettrée... et que l'enseignement supérieur est réservé à une frange réduite de la population.
C’est pour tout cela que ce roman ne laisse pas indifférent mais aussi parce qu’il nous conte l’histoire d’un homme qui refuse l’obéissance, vertu dont il n’aurait jamais du être dépourvu de par ses origines de « basse caste » …
En cela, il est un « Tigre blanc ».
C’est un livre réellement passionnant.
Le premier de cet auteur indien de 35 ans.
Suite à un très grave accident de voiture en 1957, Françoise Sagan est hospitalisée et durant 3 mois, on lui administre du Palfium pour soulager ses terribles douleurs. Elle devient dépendante.
Elle fait un séjour en clinique pour désintoxication et elle raconte sa cure sous la forme d’un journal qui sera illustré par Bernard Buffet (première édition en 1964).
"Voilà fini ce petit journal de la désintoxication. Elle aura été bénigne, et ce journal salutaire. Je vais vivre et écrire de bon, comme on dit. Je ne trouve pas de phrase morale ou amorale pour finir. Je me dis au revoir." Françoise Sagan - Toxique.
Non ! Simon, Lola et Garance ne rentreront pas dans l’église où on célèbre le mariage de leur cousin. Ils vont rejoindre leur frère Vincent et s’offrir une journée rien que pour eux quatre et quitter leurs soucis, femme, enfants, divorces … le temps d’une journée.
Et ils plantent là, le reste de la famille !
C’est un joli hommage aux fratries heureuses…
L’action se passe dans une prestigieuse université féminine aux Etats-Unis dans les années 1970. Deux filles de 18 ans : Minette, fille de pasteur, afro-américaine et boursière. Genna, fille des fondateurs de cette université, elle est riche. Elles partagent une chambre sur le campus.
Minette, pas très sympathique, va très vite être la cible d’étranges attaques racistes et Genna, se sentant coupable de par ses privilèges, va vouloir la protéger et protéger également la « réputation » de sa propre famille…. Une mère « évaporée », un père quasi-absent traitant d’affaires pas très claires et un frère qui depuis longtemps a fui l’ambiance délétère du foyer familial !
Joyce Carol Oates nous conte ici la vertigineuse descente aux enfers de ces deux jeunes filles. Une étude psychologique à donner le frisson ! C’est un excellent thriller et « encore » une "jolie" surprise de Madame Oates !